« j’espère un jour pouvoir autant représenter le nom Martial comme Anthony le fait sur la scène internationale ! »



Foot Mercato : bonjour Alexis, avant de revenir sur votre actualité, pouvez-vous nous parler de vos débuts dans le football pour ceux qui ne vous connaissent pas ? Comment êtes-vous venu vers ce sport ?

Alexis Martial : j’ai commencé le football à Écouen dans le 95, un petit club, à l’âge de 6 ans, là où j’habite. J’ai fait quatre ou cinq années là-bas avant de partir à Sarcelles. J’ai fait deux ans et demi avec l’AASS Football et c’est là où je me suis fait repérer par Lyon. J’ai fait toute ma formation pendant 5 ans de U14 à U19 et après ça, j’ai signé mon premier contrat professionnel au Servette FC.

Des débuts prometteurs à l’Olympique Lyonnais !

FM : vous êtes formé à l’OL, que retenez-vous de ce passage là-bas ?

AM : je ne retiens que des choses positives de mon passage à l’OL parce qu’en fait, c’était la préformation de la formation. J’arrivais de la banlieue parisienne et j’ai grandi là-bas, j’ai beaucoup appris, tous les formateurs que j’ai eus, Cyril Dolce, Armand Garrido pour ne citer qu’eux, j’ai beaucoup beaucoup appris. Ça m’a apporté en tant que joueur, mais aussi en tant qu’homme car je pars à l’âge de 13 ans et je repars de Lyon à l’âge de 18 ans donc c’est une très très belle expérience, à la fois sur le plan footballistique, mais aussi sur le plan humain. C’était le premier départ de la maison et ça m’a aidé dans ma trajectoire.

FM : en août 2019 vous quittez finalement le club rhodanien pour la Suisse et le Servette. Pourquoi ce choix ?

AM : j’étais en fin de contrat aspirant à l’OL, le club ne me proposait pas de signer stagiaire du coup j’ai eu une opportunité de signer professionnel avec le Servette FC où il y avait déjà Gérard Bonneau, ancien recruteur de l’OL. Du coup, j’ai signé mon premier contrat pro là-bas, de 2019 jusqu’à 2022 normalement. C’était une belle opportunité, la Suisse, un nouveau challenge, un nouveau départ, à côté de Lyon donc je me suis bien retrouvé et je ne regrette pas du tout ce choix. Il faut aussi savoir qu’à Lyon, il y avait une forte concurrence. C’est une académie, il y a beaucoup de joueurs donc si tu ne sors pas vraiment du lot par rapport aux autres joueurs, tu commences à comprendre que c’est fermé et que ce sera difficile. C’est en réalité un choix de leur part, mais aussi de ma part de réagir. Je respecte cette décision, c’est seulement une page qui se tournait.

FM : après une première saison relativement pleine, vous signez avec le Servette votre premier contrat professionnel en juillet 2020. Comment accueille-t-on une telle nouvelle ?

AM : je suis super heureux quand je signe pro. En quittant l’OL, au départ, l’objectif était de rester en France, mais je n’ai pas vraiment eu de propositions. Finalement, le Servette FC s’est manifesté et j’ai vite décidé. Le Servette est un club historique en Suisse avec un palmarès de fou. Quand j’y suis allé pour la première fois, j’ai compris que j’étais dans un grand club de Suisse donc j’ai fermé les yeux et j’y suis allé. J’étais trop content et je n’ai réalisé qu’après. C’était vraiment un bon moment. Quitter la France n’était, certes, pas facile, mais je me suis vite adapté à mon nouvel environnement. Au début, quand je suis arrivé en Suisse, je m’entraînais avec les professionnels, mais je jouais avec les U21, j’ai fait plusieurs matches, ça se passait très bien. J’étais sous les ordres d’Adrian Ursea, l’ancien coach de l’OGC Nice, il était avec les U21 à ce moment-là et franchement c’était une expérience de fou avec lui. Un coach très proche des joueurs qui nous a beaucoup appris. Pour ma part, il m’a beaucoup appris sur le plan tactique et technique, mais aussi au niveau du placement. Dans le championnat suisse, il y a beaucoup cette notion technique et tactique donc cette année en U21 a été très bonne. Ensuite quand il est parti, il y a eu le Covid, j’ai intégré le groupe professionnel et j’ai disputé mes premiers matches avec eux.

FM : pouvez-vous nous décrire le football suisse même si la France a malheureusement pu s’en faire une petite idée lors du dernier Euro ?

AM : il y a une différence entre la France et la Suisse car ce n’est pas le même style de jeu. En France, il y a peut-être plus de talents, mais en Suisse c’est aussi très tactique, très technique. C’est moins basé sur le physique et les duels. Le niveau est plus élevé en France, mais en Suisse c’est très respectable, c’est un championnat à découvrir avec de très belles équipes, j’ai pris mon pied là-bas.

«Tu te retrouves chez tes parents dans le 95 avec toutes tes affaires que tu avais dans ton appartement et tu galères à trouver un nouveau club !»

FM : la suite pour vous est finalement beaucoup plus compliquée avec deux petites apparitions lors de la saison 2020-2021…

AM : exactement, d’une part à cause du Covid, cette situation sanitaire nous a tous stoppés. J’ai eu le Covid à un moment donné, notre championnat en Suisse s’est arrêté pendant quelque temps et on a ensuite récupéré le retard. Au mois de décembre 2020, on a eu, par exemple, 10 matches dans le même mois. On jouait tous les trois jours, c’était une folie, il fallait rattraper. A ce moment-là, je pensais déjà à partir, peut-être en prêt, mais ça ne s’est finalement pas fait. Je suis resté jusqu’à la fin de la saison et mes deux apparitions face à Sion puis face à Lugano se sont bien passées. Hormis ça, j’ai fait que des bancs, mais le coach aussi avait besoin de résultats, je peux comprendre. L’année d’avant, on était qualifiés pour l’Europa League et on envisageait encore de se qualifier pour l’Europa League. Il fallait des résultats, ce que j’ai compris. J’ai accepté et c’est aussi sûrement pour ça que j’ai moins joué. Après il y avait aussi des joueurs très expérimentés et très bons devant moi, il fallait aller chercher sa place. Je n’ai pas eu de réelles chances, mais il fallait accepter cette situation. Les résultats étaient la priorité à ce moment-là et on les a eus, car on a finalement décroché la Conférence League. Ce sont les choix d’un coach, d’une direction et il faut les respecter. De mon côté, ça m’a permis d’aller en U21, d’aller là où on comptait sur moi. J’ai joué contre des réserves professionnelles, ça s’est très bien passé et j’en garde que du positif. J’apprends de ces moments-là pour savoir quelle posture adopter et aujourd’hui je le sais : il ne faut pas lâcher et répondre présent quand le coach a besoin de toi.

FM : aujourd’hui, vous vous retrouvez sans club depuis le 27 août 2021. Comment vit-on ces moments à l’aube d’une carrière professionnelle ?

AM : franchement, c’est un moment compliqué à vivre, surtout qu’il me restait une saison encore au Servette, mais le club ne comptait plus sur moi donc : soit je jouais avec la réserve, soit je trouvais un nouveau projet. Malheureusement pendant la période du mercato, je n’ai pas trouvé ce projet attendu que ce soit en Suisse ou en France. J’ai finalement résilié mon contrat, mais honnêtement je pensais que ça allait le faire à ce moment-là. Je suis quelqu’un de très ambitieux, qui travaille beaucoup, je pensais retrouver quelque chose dans les semaines suivantes et au final les semaines, les mois passent et rien ne se présente. C’est dur de vivre ça à seulement 20 ans… Tu te retrouves chez tes parents dans le 95 avec toutes tes affaires que tu avais dans ton appartement et tu galères à trouver un nouveau club. C’est dur sincèrement.

«Je remercie mon club formateur, l’AASS Football de Sarcelles qui m’a accueilli pendant ces moments compliqués !»

FM : qu’avez-vous fait au cours de la saison dernière et comment traverse-t-on cette période psychologiquement ?

AM : j’ai essayé de garder la forme en m’entraînant avec plusieurs clubs. Je suis allé au début avec Versailles, après je suis allé à Bobigny, je suis aussi resté vers chez moi à Sarcelles. Je remercie d’ailleurs mon club formateur qui m’a accueilli, j’ai pu continuer à m’entraîner avec les seniors de Mohamed Coulibaly, ça s’est très bien passé avec eux, je me suis aussi entraîné avec Dunkerque. J’ai beaucoup voyagé, je me suis entraîné avec différents clubs sans rien signer. C’était vraiment une période délicate. On reste dans une dynamique mentale avec cette stratégie, mais rien ne remplace les matches, rien ne remplace ce petit stress avant de rentrer sur la pelouse. Tout ça motive à aller à l’entraînement chaque matin. C’est ce que je fais depuis que j’ai 13 ans, aller sur le terrain, aller à la salle, discuter avec les coaches, côtoyer des coéquipiers et se retrouver du jour au lendemain à la maison, c’est dur… Oui le fait de m’entraîner, de voir mon préparateur physique, d’aller dans certains clubs, c’est bien, mais rien n’enlève cette adrénaline d’avant-match ou cet engouement la semaine avant le premier match de championnat. C’est unique et ça permet aussi de voir la chance que tu as quand tu es dans le football, quand tu es dans le circuit.

L’UNFP FC ? «Une expérience magnifique !»

FM : cet été vous avez finalement été accepté au stage d’intersaison de l’UNFP. ¨Pouvez-vous nous décrire cette expérience ?

AM : franchement, c’est une expérience extraordinaire, pour moi c’était une découverte, je connaissais déjà, mais d’y aller… Déjà je ne pensais même pas être pris avec l’année que je venais de passer, j’étais vraiment surpris et très très heureux de ce stage. Monsieur Pascal Bollini, qui a organisé tout ça, c’est vraiment un truc de fou, je ne trouve même pas les mots. Avec l’année que je viens de passer, ce sont des moments précieux, avec des joueurs de haut niveau, ça m’a permis aussi de me remettre d’aplomb, de faire des matches contre des grands clubs français comme l’AJ Auxerre donc c’est vraiment quelque chose de beau. Je n’en garde que du positif et si quelqu’un hésite à aller vers l’UNFP, il faut y aller, c’est vraiment quelque chose qui te remet bien et en même temps qui te donne de la visibilité. C’est aussi un stage pour voir où tu en es physiquement, mentalement et techniquement, notamment face à des équipes de Ligue 1, Ligue 2 ou de National. Tu reprends confiance, tu t’entraînes tous les jours avec des gars d’expérience comme Matthieu Dossevi, Tongo Doumbia, tu apprends et moi, à mon âge, c’est tout ce que je veux. J’ai appris aux côtés de ces joueurs d’expérience, comme avec Gaël Clichy au Servette FC et donc de voir d’autres profils expérimentés, c’est toujours de l’apprentissage.

FM : parlons un peu de votre profil, vous évoluez en tant que milieu défensif, mais vous êtes également capable de jouer défenseur central, pouvez-vous nous en dire plus sur votre jeu ?

AM : je suis un joueur très polyvalent, je peux jouer milieu défensif là où j’ai été formé, je peux jouer arrière latéral droit où j’ai fait toute la préparation estivale de l’UNFP à ce poste-là et aussi le poste de défenseur central. J’ai aussi appris à Lyon à jouer à ce poste. Au Servette, j’ai aussi joué relayeur donc j’ai ce côté polyvalent sur cette zone du terrain.

FM : quels sont vos axes d’amélioration et quelles sont vos forces ?

AM : mon point fort, ça reste mes qualités physiques que ce soit la vitesse ou la puissance. J’aime récupérer des ballons, me projeter vers l’avant, je cours beaucoup donc oui je sais que j’ai des qualités physiques. Je me trouve aussi bon à la relance. Après les défauts, c’est toujours dur d’en parler, je préfère qu’on les découvre, s’il y en a, qu’en parler (rires).

«Aujourd’hui si un club m’appelle, je suis prêt !»

FM : aujourd’hui, quelles sont vos ambitions pour la suite de votre carrière ?

AM : je suis jeune encore donc aujourd’hui, l’idée est de trouver un projet pour me relancer, rejouer. Après ces cinq semaines passées à l’UNFP où on dispute des rencontres contre des L1, L2 ou National, ça donne de l’espoir. Je suis quelqu’un d’ambitieux donc je cherche un projet ambitieux, sur du long terme que ce soit en National 2 pour me relancer ou en National. Je reste lucide et humble, je pense qu’il y a des étapes avant d’arriver en L2, L1 et j’ai envie de les franchir avec un projet ambitieux. Je regarde aussi à l’étranger, je ne veux rien refuser, je regarde les propositions parce qu’aujourd’hui, je ne vais pas faire la « star » à me dire : “non, je n’aime pas cette proposition ou non pas celle-là”. J’ai eu quelques petites discussions avec un club de National pendant le stage, mais rien de plus, il n’y a pas eu grand-chose pour le moment donc je reste focus sur mon travail, je sais que ça va venir. Les matches ont été bons avec l’UNFP, je continue de bosser de mon côté chez mes parents actuellement. Aujourd’hui, si un club m’appelle, je suis prêt ! En ce moment, je m’entraîne avec mon préparateur physique ou tout seul. Dès la semaine prochaine, je vais commencer à m’entraîner avec un club pour garder le rythme. C’est un vrai combat, il ne faut rien lâcher.

FM : votre nom fait forcément écho à celui d’Anthony Martial. Vous êtes son cousin, ce nom n’est pas trop dur à porter ? Comment vit-on cela ?

AM : c’est une fierté de porter ce nom, c’est le nom de mon père, c’est une fierté ! Après avec Anthony, c’est vrai que c’est mon cousin et c’est mon exemple dans le football comme je l’ai déjà dit. Ce nom, je le porte fièrement, tête levée et j’espère un jour pouvoir autant représenter le nom Martial comme Anthony le fait actuellement sur la scène internationale !

FM : au-delà de ça, j’imagine que vous le suivez régulièrement dans ses performances. Que pensez-vous de sa préparation estivale ? Qu’imaginez-vous pour lui sous les ordres de Ten Hag ?

AM : j’ai suivi sa préparation estivale oui, j’étais à Lisses à ce moment-là pour le stage UNFP, j’ai regardé ses matches parce que c’était sur Manchester TV. Il s’est bien préparé cet été, il arrive en forme, 3 buts en 5 matches, il est présent dans les actions importantes, c’est top pour lui. Il a fait une très bonne prépa et j’espère que cette saison il marquera les esprits, c’est tout ce qu’on lui souhaite.



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